Yolande la rousse…
Maman et Papa, pensaient qu’il serait bon pur leurs deux fils de partir en vacances au bord de la mer après l’année scolaire. Aussi avaient-ils pris des contacts avec des autochtones malouins. Depuis plusieurs années mon père prenait ses trois semaines de congés payés annuels d’une traite (eh oui !... dans les années 50 c’était encore ainsi). Et dans notre grosse bagnole, une Vedette bleue, nous entassions dans le coffre un tas de valises et d’ustensiles de cuisine dont une énorme cocotte minute dont maman ne se séparait jamais.
Puis nous prenions la route vers la Bretagne. Direction Saint Malo. Et arrivés à ce que nous appelions pompeusement notre « villa de vacances ». La villa en question se composait d’une cuisine rustique et de deux chambres. Pas de sale de bain et encore moins d’eau chaude. Mes parents étaient jeunes, et Thierry mon frangin cadet et moi-même plus encore…
Nous ne pensions pas du tout à ce confort très basique… Nous étions en vacances et n’avions qu’une hâte : voir la mer !... Jouer sur la plage. Nous baigner dans une mer glaciale à la plage de la Hoguette.
Mes parents se firent beaucoup d’amis à Saint Malo… Aussi, fut il convenu avec une famille locale qu’elle nous prendrait en pension tous les mois de juillet des années suivantes et que papa et maman nous récupèreraient au mois pour leurs vacances dans la « villa Marinette »(c’est son nom).
Cette famille d’accueil faisait tout son possible pour nous rendre la vie belle à mon frangin et moi… Cinéma, jeux de plages tous les jours… Anecdote rigolote… ils nous pesaient au début du séjour devant mes parents et faisaient la même opération lorsque papa et maman nous reprenaient un mois plus tard… Et durant ce mois, nous étions littéralement gavés… rire… ah ! Mais !... Il ne sera pas dit que nous aurons été sous alimentés !...
Dans le voisinage immédiat, il y avait la maison de Yolande… J’avais onze ans, elle, douze. Elle rousse comme un incendie de forêt et son joli visage constellé de taches de rousseur, je crois me souvenir que ses yeux étaient gris bleus. Elle était en plein épanouissement : la chenille devenait papillon. Sous sa robe, on devinait une poitrine naissante et cela m’émouvait. Elle riait tout le temps… et parlait plus encore.
Vite, je remarquais que lorsque je jouais dans le jardin, elle apparaissait vite avec ses bouquins… Elle faisait celle qui ne s’intéressait pas à moi. Alors, moi… pour l’éblouir, je faisais des tas de choses… tantôt, j’étais chasseur de papillons, ou je faisais courses en patins à roulettes… Nous écoutions sur nos transistors des chansons de Françoise Hardy ou Johnny Halliday, Frank Alamo et tous les yéyés de l’époque. Elle me plaisait beaucoup cette Yolande. Un jour, j’eus une idée géniale… nos hôtes m’emmenait tous les vendredi soir au cinéma le « Vauban » (qui existe toujours). Je leur suggérais d’inviter Yolande à se joindre à nous.
Las !... la réponse fut immédiate… Pas question… le père de Yolande refuserait certainement de laisser sortir sa fille le soir… j’en conçu un immense chagrin… Nous étions condamnés elle et moi, tels Roméo et Juliette, à nous aimer en secret… Au travers des mailles du grillage de nos jardins heureusement mitoyens… nous nous sommes donc limités à des doigts entrelacés, longuement caressés.. à de petits bisous fugaces sur le bout des lèvres et des regards noyés de regrets…
Puis le mois de juillet finissait et nos parents revenaient…
Il me fallu attendre jusqu’à la rentrée scolaire pour me remettre de cette aventure… A cet âge… on cicatrise vite… Qu’est devenue Yolande ? Et moi, alors, qui suis je aujourd’hui…
Bisous à toutes… que la nuit vous soit douce…