Petites et grandes gloires...
Un 14 juillet à Ecrille (Jura)…
Durant mes vacances d’été des années 1968 et 1969, j’avais trouvé un moyen de me faire un peu d’argent de poche. Après un bref stage d’une semaine dans un petit château près de Compiègne, j’obtins un petit diplôme qui me permit d’être mono de colo… Vivant à Montreuil, j’eus ainsi la chance d’être affecté dans l’équipe de Jacques Sauvaget, le directeur de la colonie scolaire de Montreuil dans le petit village d’Ecrille près d’Orgelet dans le Jura entre Lons le Saunier et la jolie ville de Saint Claude (capitale des maîtres pipiers… on y taille le pipes les plus ouvragées…. Sans aucune allusion salace… rires…).
En cette année 1969, Jacques Sauvaget, le directeur de la colonie m’avait choisi comme adjoint en plus de mon travail de mono… Peu avant le 14 Juillet, il réunit toute son équipe : moi, son adjoint, toutes et tous les autres monos, l’infirmière de la colo l’intendant et le personnel d’entretien et de cuisine.
Ordre du jour de la réunion : l’animation du 14 juillet dans la colo après être allé voir le feu d’artifice d’Orgelet. Car, bien sûr, pas question de laisser tous nos ados au bal villageois… Les mœurs étaient encore un peu rigides en ces temps révolus. Des tas d’idées fusèrent : Diffuser un vieux film avec notre vieux projo en 16mm, la mairie nous avait refilé ses vieux nanars en noir et blancs… comme notre projo n’avait pas le son nous étions restreints à projeter des vieux muets « Charlot ou Laurel et Hardy, Buster Keaton »…. Mais même en 1969 ces films étaient un tantinet « has been ». Nous gardâmes l’idée d’installer la sono dans la prairie près de la rivière de la Valouse et y jouerions des disques à la mode… Les Beatles et les Rolling Stones ou encore ce tout nouveau groupe les « Pink Floyd »…
Au milieu de la prairie nous ferions un immense feu de joie. Nos colons seraient chargés de ramasser le bois… ET moi avec mon expérience de vieux scout je serai chargé de l’embraser et d’assurer la sécurité selon les leçons de mon stage de formation.
« Et toi, Eric !... demanda Jacques, as-tu une autre idée pour meubler cette soirée ?
- Peut-être répondis-je.
- Et peux-tu nous en dire un peu plus.
- j’aimerais te faire la surprise. »
Je voulais organiser une retraite aux flambeaux… mais avec de vraies torches et faire un défilé illuminé des dortoirs jusqu’au feu de joie. Je réquisitionnais mon gentille équipe de garçons (une dizaine) qui demandèrent de leur coté de l’aide à une équipe de filles. Certains armés de petites scies étaient chargés de découper une soixantaine de bâton de bois de châtaignier d’une longueur d’environ un mètre. D’autres devaient récupérer des pommes de pins… De mon coté, je demandais à l’intendant de me fournir une bobine de fil de fer assez souple, les sacs vides de pommes de terre et un baril d’huile de friture… il accepta en bougonnant et en se demandant ce que j’allais faire de tout ça !...
Fabrication des torches (Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que je prenais un risque énorme, et si le directeur avait été au courant de mon projet il s’y serait sûrement opposé… mais j’avais 18 ans et étais un peu inconscient). A L’extrémité du manche en bois taillé comme un crayon, nous plantions une grosse pomme de pin, puis je l’emmaillotais dans la toile de jute des sacs à patates vides et je serrais le tour avec le fil de fer…
Le soir du 14 juillet est arrivé… J’ai embrasé le feu de joie près de la Valouse… puis vite, je suis retourné à mon atelier avec une cinquantaine de colons… A tour de rôle nous trempâmes nos torches dans le baril d’huile de friture et y mettions le feu….
Formation en colonne par deux, moi en tête… noblesse oblige, rires… et en route vers l’endroit d’où l’on entendait la musique… il suffisait de suivre le câble électrique qui se prolongeait vers le feu de joie… Pris d’un élan subit d’enthousiasme, toute la colonne se mit à entonner un superbe canon dont j’ai oublié le nom….
Notre arrivée dans la prairie toute illuminée de nos flambeaux et du feu de joie fut accueillie sous un déluge d’applaudissements…
J’étais fier comme Artaban et le roi n’était plus mon cousin…
Plus tard… Après que tous les disques ont été joués, Jacques empoigne sa guitare, et de sa belle voix grave nous chante quelques belles chansons de Brassens… La soirée s’achèvera quand le feu sera consumé… Nous sommes tous allongés dans l’herbe, et nous admirons une nuit superbe et étoilée…On distingue bien la voie lactée, et les plus savent nous montrent les constellations…Le feu rougeoie toujours.
Ce fut un 14 juillet réussi… et un moment de gloire pour moi… sourires…
Une semaine plus tard jour pour jour, un homme allait connaître une autre gloire. Sans doute inégalée depuis…
Neil Armstrong serait le premier homme à poser le pied sur cette Lune que nous contemplions une semaine avant…
A chacun ses gloires… sourires…
Bisous à toutes
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