Le jardin de la mercière...
La mercière et sa fille.
Lorsque j’étais enfant, ma mère qui ne travaillait pas (en cette époque pas très lointaine c’était chose courante) nous gardait à la maison mon frère, ma sœur et moi. Je m’appliquais à l’aider à faire le ménage de notre minuscule appartement. Me reviennent ce soir des atmosphères.
Je peinais sur mes devoirs d’école en tirant la langue et en surveillant la pendule de la cuisine en attente du goûter : un gros morceau de baguette craquante et deux carrés de chocolat noir (le chocolat au lait, c’était pour les jours de fête). J’entendais le cliquetis incessant des aiguilles à tricoter de maman.
Car maman tricotait beaucoup… elle tricotait sans cesse.. Elle fit à ses gosses des tas de pull-over, de gilets et d’écharpes. Elle faisait aussi beaucoup de canevas. Et … de la broderie !... Moi, le p’tit môme, je suivais l’avancement de son travail avec assiduité, comme aujourd’hui j’admire vos propres travaux mesdames et demoiselles.
Maman avait sa mercière en titre. Dans les années 50, on trouvait encore, pas loin de chez soi, ce genre de charmante petite boutique si colorée. Cette mercière, une rousse incendiaire aux yeux de braises, vendait aussi de la laine (je me rappelle même des marques que choisissait maman : Pingouin ou Phildar… ces marques existe-t-elle toujours ?...).
C’était à deux pâtés de maison de chez nous. Autant dire que maman y était toujours fourrée. Papa fronçait parfois les yeux lorsqu’il apercevait les monceaux de pelotes et d’échevettes cachée derrière le buffet.
La mercière et maman devinrent vite amies. La mercière dont j’ai oublié le nom avait une fille Fabienne (elle je n’ai pas oublié son prénom… sourires). Fabienne avait mon âge et fréquentait la même école primaire que moi, coté fille. A l’époque la mixité n’était pas de mise.
Il arriva que la rousse maman de Fabienne proposa à la mienne que je vienne jouer le jeudi (à cette époque le jour de repos dans la semaine scolaire était le jeudi) avec sa fille. Ma mère accepta avec plaisir cet arrangement. La mercière avait derrière son échoppe un immense grand jardin très fleuri. Ce fut donc un plaisir pour moi d’aller chez Fabienne. Pour commencer, je n’étais pas très chaud pour m’y rendre, les filles me faisaient peur, j’avais un spécimen à la maison avec Isabelle, ma sœur, mais la coquinette savait y faire : elle me promis du chocolat chaud, des croissants pour le goûter, mais ce qui me décida c’était sa collection de vieux journaux de Mickey des numéros avant le 200ème au début du journal et sa série de petites voiture en métal moulé, Dinky Toys : elle avait la dauphine gordini et la Ferrari 250 GT 2+2. Elle avait décidément tout pour me séduire cette Fabienne !...
J’ai gardé d’elle un tendre souvenir de gosse. Ce qui m’agaçait chez elle, c’est qu’elle faisait tout le temps des tas de bisous. Je me souviens que ses lèvres avaient goût de bonbons acidulés au citron… je n’aimais pas les bonbons au citrons… un jour, vraiment énervé par ces lichouilles je le lui dis et elle me répondis : ça ne fait rien ! Jeudi prochain je mangerai des bonbons à la fraise…. Ou de la réglisse.
Et moi, haussant les épaules à ses manières de fille, je dévorais ses numéros de vieux Mickey en en écoutant distraitement l’eau d’une petite fontaine qui parlait toute seule dans une vasque rococo …
Ah ! Les filles… sourires
Que la nuit vous soit douce.