Je vous parle d'un temps...

Publié le par Tristan

Je vous parle d’un temps…

 

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Que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… (Charles Aznavour)…

 

Au tout début de leur mariage, mes parents, vivaient dans une quasi pauvreté. Papa travaillait comme employé dans une usine de confiserie à Montreuil. Maman, sur ordre de son beau père, avait cessé de travailler à ma naissance pour plus s’occuper que de ses hommes.C'était souvent comme ça à cette époque. Mon frère cadet, Thierry, naquit trois ans après moi. J’avais été, m’avait-on laissé entendre, le seul enfant désiré, mon frère et ma sœur furent ce qu’appelait en ces temps barbares où le seul contraceptif légal était la capote anglaise. Malgré mon statut d’enfant désiré, le messie de mon grand père (il disait souvent me caressant le visage : tu seras chef d'orchestre, je le veux !…) ce fut toujours Thierry qui fut le chouchou de maman. Un jour, j’eus une vraie crise de nerfs lorsque je le vis tétouiller le giron de maman, ça me fut insupportable, j'étais jaloux !… A part ça, nous ne manquions jamais de rien et étions joyeux, de cette joie de l'innocence enfantine.

 

Papa n’avait trouvé comme seul logement que deux chambres de bonnes adjacentes dans un immeuble cossu de l’avenue Niel à Paris, près de la place des ternes. Papa et maman occupait une des deux chambres et s’en servait de cuisine, l’autre était pour mon frère et moi… Bien sûr, pas de salle de bains, ni de cuisine. Des WC  à la turque communs à toutes les chambres à l’étage.

 

Mais nous vivions tous heureux… Grâce à la communauté qui vivait à ce sixième étage sans ascenseur par l’étroit escalier de service. Et surtout grâce à la surprise que me fit un jour Papa, en m’apportant une petite boule de poil ras au museau aplati et à la gueule baveuse : une petite chienne boxer qu’un de ses collègues d’usine lui avait refilé pour ne pas avoir à l'euthanasier… Par malheur, la petite chienne ne vécut qu’un mois à peine avec nous. Elle ne s'acclimata pas à notre vie de bohême Peut être cela a-t-il été du aussi,au fait que les propriétaires interdisaient formellement sous peine d'expulsion les animaux dans les chambres de bonne. Vous imaginez, toutes les ruses qu’il fallut utiliser pour sortir cette pauvre petite bête, d’autant que la cerbère enchiggonnée et de mise négligée qui occupait la loge de la concierge n’en perdait pas une miette et rapportait  tout à ses riches patrons.

 

Quand je repense à cette période, la rage me prend parfois. Je me rappelle du confort spartiate de nos chambres comparé au luxe écoeurant de nos propriétaires qui vivaient dans des appartements de plusieurs centaines de mètres carrés, je me souviens d’un couloir faisant penser à la galerie des glaces du chateau de Versailles, de statuettes en onyx ou en bronze, des tableaux qui devaient valoir une fortune, de meubles dorés à l’or fin, de lustres de cristal,… et nous… nous !... des chambrettes de 10 mètres carrés, de poêles puant à mazout. Oui !... même 50 ans après j’ai la rage devant ce qu’on appelle aujourd’hui pudiquement, la fracture sociale.

 

Mais comme je vous l’ai dit, notre petite communauté de pouilleux était aussi  soudée qu'hétérogène… Maman était douée pour communiquer  (J'ai peut être un peu hérioté d'elle)et était l’âme de ce petit groupe. Il y avait là, la famille C… ? Le père : Joachim, avait fui avec sa femme Nanette, l’Espagne franquiste : ils avaient deux filles Mireille et Isabelle. Mireille plus jeune que moi de 8 jours est la première fille avec qui j’ai couché  (rires) : nos mères faisait l’économie d’un lit pour nos siestes. Il y avait aussi un jeune étudiant qui allait scientifique explorateur  explorateur, M. Mil…, ses études finies il fit partie de l’équipe du célèbre Paul Emile Victor en tant que glaciologue pour ses expéditions en terre Adélie (Pôle Sud) pour participer à la construction de la base polaire Dumont d’Urville.

Il y avait aussi madame Jeanne et son gros chignon toujours en désordre tenu par des aiguilles à tricoter, je ne me rappelle plus de ce qu’elle faisait dans la vie, pas plus qu’Elvire d’ailleurs… Mon seul souvenir d’Elvire est qu’elle était épileptique, elle eut un jour une crise en pleine Place des Ternes devant maman et moi….

 

Je me rappelle qu’elle était tombée sur le trottoir, qu’elle avait les yeux révulsés, et de la bave aux commissures des lèvres… C’était la première fois que je voyais une épileptique…

 

Depuis, je sais ce qu’est cette maladie !...

 

Voilà donc ma bohême à moi !... et voyez vous… je regrette presque cette époque de vaches maigres… En ce temps là on se contentait de peu… l’amour suppléait à tout… ou presque. Et notre optimisme... Papa nous prédisait des jours meilleurs...

 

Bisous doux à toutes

 

Prenez soin de vous !


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L
Aaaaah! Comme j'aime ça, quand tu racontes si bien ton enfance! Ici, ça a un petit goût d' "Allumettes suédoises"..en mieux!<br /> Merci-merci!<br /> Biz!
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T
Tues trop mimi ma p'tite mouchette préférée... " les allumettes suèdoises " lol. je ne voudrais pas te faire pleurer dans ta chaumière... Bisous énormes
B
c'est touchant ce que tu nous dévoiles là...la richese n'est pas toujours là où on le croit... l'amour d'une famille est bien plus belle et puis tes souvenirs sont bien doux...c'est bon de te lire...cela m'émeut ..je ne sais pas trop quoi rajouter ..si ce n'est que les souvenirs ne sont pas toujours si doux..en tous les cas pas pour moi..
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T
Plus j'avance en âge et plus me revienne tous ces moments anecdotiques de la petite vie pas très passionnante somme toute... Mais j'essaie de le conter comme on rêve... et de susciter des émotions parallèles chez mes douces lectrices...Bisous Evelyne